DISCUSSING "AREA STUDIES" THROUGH "FAMILY RESEMBLANCES" -REFLECTIONS ON THE ORGANIZATION OF RESEARCH IN THE SOCIAL SCIENCES

Discuter des « aires culturelles » grâce aux « airs de famille »

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Resumen

sociales.

Bibliographie
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Notes
[1]
L’importance des « aires culturelles » à l’EHESS apparaît de façon évidente dans le fait qu’une grande partie des unités de recherche et laboratoires y sont organisées selon ce principe (Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques ; Chine, Corée, Japon ; Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre européen ; Centre de recherche et de documentation sur l’Océanie ; Centre Asie du Sud-Est ; Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud ; Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale ; Institut des mondes africains ; Mondes américains). De même, il est significatif que, lorsque l’on veut consulter les enseignements et séminaires impartis à l’EHESS, l’un des principaux modes de recherche est celui des « aires culturelles ». Pour une défense des « aires culturelles » à l’EHESS, cf. Denys Lombart (1996).

[2]
Le Laboratoire de sciences sociales prétendait également, dans une certaine mesure, s’affranchir des logiques disciplinaires, mais ce n’est pas le lieu de discuter ici cette question. Pour une réflexion partielle et « native » sur l’histoire de cette institution, cf. Weber (2012).

[3]
Cela signifie que la labellisation (ou non) « aire culturelle » d’une recherche donnée dépend moins du contenu lui-même de cette recherche que de considérations institutionnelles diverses (en particulier de la distance entre l’institution et le terrain). Ainsi, une même enquête menée sur un terrain français sera vraisemblablement classée au sein des French studies si elle est réalisée depuis une université nord-américaine et dans un département disciplinaire (histoire, sociologie, sciences politiques, etc.) si elle est conduite depuis une université française.

[4]
Il est évident, néanmoins, que les chercheurs colombiens qui présentent leurs enquêtes hors de leur pays – dans les principaux centres de recherche en Europe ou aux États-Unis – tendent à être « rattrapés » par la logique des « aires culturelles » (en particulier par les Latin American studies, dans le contexte nord-américain).

[5]
De façon intéressante, l’article de l’encyclopédie Wikipédia consacré aux « aera studies » existe dans une dizaine de langues (dont l’espagnol et l’allemand), mais pas en français. Pour une réflexion sur l’histoire des area studies dans le contexte étatsunien, cf. Zanton (2004).

[6]
Ce n’est pas le lieu d’en discuter ici. Pour une réflexion détaillée sur cette question, ainsi que pour une présentation précise des modes de classification basés sur les « airs de famille », cf. Bosa (2015).

[7]
L’idée d’un classement qui puisse rendre compte des recherches d’une façon absolument « juste » n’est pas sans nous rappeler l’ambition paradoxale de pouvoir dessiner une carte à l’échelle 1:1. À vouloir entrer dans un trop grand niveau de détail, on risque de s’interdire d’inscrire les enquêtes dans une « famille » plus large.

[8]
Certains chercheurs suggèrent d’ailleurs que l’appellation « aires culturelles » pourrait être remplacée par celle d’« aires régionales », dans la mesure où la première catégorie – d’inspiration braudélienne – semble présupposer l’existence, au sein des régions concernées, d’une « homogénéité culturelle » pourtant bien contestable (en particulier, mais pas seulement, du fait des phénomènes de globalisation, des mouvements transnationaux et des circulations diverses). De manière générale, certains auteurs ont insisté sur la genèse « coloniale » de la logique des « aires culturelles » (cf. de Gantès, 2003).

[9]
Dans un article récent, Jean-François Bayart (2016) avance des arguments très similaires à ceux que nous essayons de défendre ici. Son texte ne pourrait pas commencer de façon plus claire : « Les sciences sociales sont directement concernées par la question de l’(in)utilité de diviser le monde en ensembles régionaux afin de le mieux étudier, et des meilleurs critères pour ce faire. »

[10]
On remarquera ainsi que les chercheurs qui se méfient de la logique des aires culturelles pointent régulièrement le manque de rigueur qui les caractériserait, aussi bien du point de vue théorique que méthodologique. « De nombreux travaux dits interdisciplinaires produits sous la grande tente des “aires culturelles” – écrit par exemple Eberhard Kienle (2014) – sont peu informés des disciplines qu’ils prétendent faire dialoguer. » Pour une défense face à ce type d’accusations, cf. par exemple Longuenesse et Siino (2005).

[11]
Cf. Bosa (2010).

[12]
Sur les générations volées en Australie, cf. Read (1998).

[13]
Pour un travail extrêmement détaillé des études sur les aires culturelles à la 6e section de l’EPHE (en particulier celles portant sur l’espace russe, soviétique et est-européen) en relation avec les logiques disciplinaires, cf. Popa (2015).

[14]
Pour une critique similaire des « présupposés culturalistes ou culturocentrés fort douteux » sur lesquels se base souvent la production des savoirs par « aires culturelles », cf. le texte déjà cité de Eberhard Kienle (2014).

[15]
Cette vision est celle que semblent défendre les membres du séminaire interdisciplinaire d’études turques animé à l’EHESS (cf. Aymes et al., 2012). On trouvera des réflexions semblables dans un article de Karoline Postel Vinay (2015).

[16]
Pour des arguments proches, cf. Douki et Minard (2007, p. 20) et Schaub (2008, p. 32).

[17]
Pour une analyse sur le poids des « disciplines » dans l’offre universitaire aussi bien que dans la recherche, cf. le numéro récent de la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Cf. Heilbron et Gingras (2015).

[18]
Cf. par exemple le texte déjà cité de Eberhard Kienle (2014).

[19]
Pour une réflexion critique sur les critères qui président à l’organisation en discipline, cf. Bosa (2011). Nous reprenons ici les arguments développés contre les divisions disciplinaires par le sociologue J.-C. Passeron dans son livre sur Le raisonnement sociologique, au nom de l’unité épistémologique des sciences sociales et historiques.

[20]
Pour une réflexion sur l’un de ces nouveaux champs de la recherche, les disability studies, qui visent à analyser le handicap par rapport aux facteurs sociaux, culturels et politiques, cf. Albrecht et al. (2001).

[21]
Pour une présentation de l’une de ces perspectives, cf. Heilbron et Sapiro (2002).

[22]
On remarquera que si ces regroupements « méthodologiques » existent depuis longtemps dans les sciences sociales (en particulier autour de sociétés savantes qui produisent des publications spécifiques et organisent de nombreux événements scientifiques), ils ne sont généralement pas pensés dans le cadre des studies.

[23]
Sur ces tensions entre les « tendances à la disciplinarisation de nouveaux champs d’études et leur intention revendiquée de s’émanciper – voire de s’affranchir – de tout ancrage disciplinaire », cf. Darbellay (2014).

[24]
On pensera, dans un contexte plus récent, aux réflexions actuelles menées par Ivan Jablonka (2014) sur les formes de l’écriture de l’histoire, qui impliquent, presque nécessairement, un détour vers d’autres modes de savoir (et, en particulier, la littérature) mais touchent pourtant à des questions qui affectent le cœur même de la discipline.

[25]
On reconnaîtra ici qu’il n’est pas toujours évident d’établir une différence claire entre les entrées « thématiques » et celles par les « objets ». Les études de « genre », par exemple, peuvent être comprises comme un domaine de recherche construit autour d’un thème (le masculin et le féminin) ou autour d’un questionnement (la construction des inégalités et différences sexuelles). Pour un panorama général sur ce champ de la recherche, cf. Béréni et al. (2008). De même, tout un ensemble de studies (celles construites, par exemple, autour du handicap, du conflit, de la violence, du vieillissement, etc.) peuvent être pensées comme des entrées purement descriptives ou au contraire fortement problématisées. On remarquera néanmoins que les studies relevant d’une construction thématique tendent généralement à être plus nombreuses que celles construites autour d’un problème.

[26]
Cette insistance sur la « théorie comme questionnement » est tout à fait essentielle. Comme le disait Jean-François Bayart (2008, p. 25), reprenant Giovanni Levi, il faut entendre par comparatisme « le partage des interrogations, et non celui des conclusions » ou, mieux encore, des « conversations entre des chercheurs, des terrains, des morceaux d’histoire ».

[27]
Cf. de nouveau les réflexions de Karoline Postel Vinay (2015) dans le cadre d’un dossier organisé par le CERI.

Résumé
Français
Cet article part d’une question très simple : que penser des « aires culturelles » comme mode spécifique d’organisation du travail de recherche ? Pour cela, il prend appui sur la métaphore des ressemblances familiales, proposée par Ludwig Wittgenstein, laquelle se base sur les idées d’entrecroisement et de chevauchement. Elle permet de remarquer qu’il n’existe – entre les travaux des différents chercheurs – que des ressemblances partielles (que celles-ci soient liées à la méthodologie, aux objets, aux thèmes, aux terrains, etc.). En ce sens, organiser la recherche consiste à réunir des projets et des enquêtes qui – en dépit de leur irréductible singularité – partagent avec d’autres un certain « air de famille », mais en aucun cas une essence commune. Dans ce contexte, nous réfléchirons à la valeur relative des « aires culturelles » en relation avec les autres systèmes de classement qui président à la division du travail dans les sciences sociales, que ce soit dans le mode traditionnel des disciplines ou dans celui, plus récent, des champs d’études spécialisées (studies).
Idioma originalEnglish
Páginas (desde-hasta)455-477
PublicaciónRevue d'Anthropologie des Connaissances
Volumen11
N.º3
DOI
EstadoPublished - 2017

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Denys Lombart (1996).[2]Le Laboratoire de sciences sociales pr{\'e}tendait {\'e}galement, dans une certaine mesure, s’affranchir des logiques disciplinaires, mais ce n’est pas le lieu de discuter ici cette question. Pour une r{\'e}flexion partielle et « native » sur l’histoire de cette institution, cf. Weber (2012).[3]Cela signifie que la labellisation (ou non) « aire culturelle » d’une recherche donn{\'e}e d{\'e}pend moins du contenu lui-m{\^e}me de cette recherche que de consid{\'e}rations institutionnelles diverses (en particulier de la distance entre l’institution et le terrain). Ainsi, une m{\^e}me enqu{\^e}te men{\'e}e sur un terrain fran{\cc}ais sera vraisemblablement class{\'e}e au sein des French studies si elle est r{\'e}alis{\'e}e depuis une universit{\'e} nord-am{\'e}ricaine et dans un d{\'e}partement disciplinaire (histoire, sociologie, sciences politiques, etc.) si elle est conduite depuis une universit{\'e} fran{\cc}aise.[4]Il est {\'e}vident, n{\'e}anmoins, que les chercheurs colombiens qui pr{\'e}sentent leurs enqu{\^e}tes hors de leur pays – dans les principaux centres de recherche en Europe ou aux {\'E}tats-Unis – tendent {\`a} {\^e}tre « rattrap{\'e}s » par la logique des « aires culturelles » (en particulier par les Latin American studies, dans le contexte nord-am{\'e}ricain).[5]De fa{\cc}on int{\'e}ressante, l’article de l’encyclop{\'e}die Wikip{\'e}dia consacr{\'e} aux « aera studies » existe dans une dizaine de langues (dont l’espagnol et l’allemand), mais pas en fran{\cc}ais. Pour une r{\'e}flexion sur l’histoire des area studies dans le contexte {\'e}tatsunien, cf. Zanton (2004).[6]Ce n’est pas le lieu d’en discuter ici. Pour une r{\'e}flexion d{\'e}taill{\'e}e sur cette question, ainsi que pour une pr{\'e}sentation pr{\'e}cise des modes de classification bas{\'e}s sur les « airs de famille », cf. Bosa (2015).[7]L’id{\'e}e d’un classement qui puisse rendre compte des recherches d’une fa{\cc}on absolument « juste » n’est pas sans nous rappeler l’ambition paradoxale de pouvoir dessiner une carte {\`a} l’{\'e}chelle 1:1. {\`A} vouloir entrer dans un trop grand niveau de d{\'e}tail, on risque de s’interdire d’inscrire les enqu{\^e}tes dans une « famille » plus large.[8]Certains chercheurs sugg{\`e}rent d’ailleurs que l’appellation « aires culturelles » pourrait {\^e}tre remplac{\'e}e par celle d’« aires r{\'e}gionales », dans la mesure o{\`u} la premi{\`e}re cat{\'e}gorie – d’inspiration braud{\'e}lienne – semble pr{\'e}supposer l’existence, au sein des r{\'e}gions concern{\'e}es, d’une « homog{\'e}n{\'e}it{\'e} culturelle » pourtant bien contestable (en particulier, mais pas seulement, du fait des ph{\'e}nom{\`e}nes de globalisation, des mouvements transnationaux et des circulations diverses). De mani{\`e}re g{\'e}n{\'e}rale, certains auteurs ont insist{\'e} sur la gen{\`e}se « coloniale » de la logique des « aires culturelles » (cf. de Gant{\`e}s, 2003).[9]Dans un article r{\'e}cent, Jean-Fran{\cc}ois Bayart (2016) avance des arguments tr{\`e}s similaires {\`a} ceux que nous essayons de d{\'e}fendre ici. Son texte ne pourrait pas commencer de fa{\cc}on plus claire : « Les sciences sociales sont directement concern{\'e}es par la question de l’(in)utilit{\'e} de diviser le monde en ensembles r{\'e}gionaux afin de le mieux {\'e}tudier, et des meilleurs crit{\`e}res pour ce faire. »[10]On remarquera ainsi que les chercheurs qui se m{\'e}fient de la logique des aires culturelles pointent r{\'e}guli{\`e}rement le manque de rigueur qui les caract{\'e}riserait, aussi bien du point de vue th{\'e}orique que m{\'e}thodologique. « De nombreux travaux dits interdisciplinaires produits sous la grande tente des “aires culturelles” – {\'e}crit par exemple Eberhard Kienle (2014) – sont peu inform{\'e}s des disciplines qu’ils pr{\'e}tendent faire dialoguer. » Pour une d{\'e}fense face {\`a} ce type d’accusations, cf. par exemple Longuenesse et Siino (2005).[11]Cf. Bosa (2010).[12]Sur les g{\'e}n{\'e}rations vol{\'e}es en Australie, cf. Read (1998).[13]Pour un travail extr{\^e}mement d{\'e}taill{\'e} des {\'e}tudes sur les aires culturelles {\`a} la 6e section de l’EPHE (en particulier celles portant sur l’espace russe, sovi{\'e}tique et est-europ{\'e}en) en relation avec les logiques disciplinaires, cf. Popa (2015).[14]Pour une critique similaire des « pr{\'e}suppos{\'e}s culturalistes ou culturocentr{\'e}s fort douteux » sur lesquels se base souvent la production des savoirs par « aires culturelles », cf. le texte d{\'e}j{\`a} cit{\'e} de Eberhard Kienle (2014).[15]Cette vision est celle que semblent d{\'e}fendre les membres du s{\'e}minaire interdisciplinaire d’{\'e}tudes turques anim{\'e} {\`a} l’EHESS (cf. Aymes et al., 2012). On trouvera des r{\'e}flexions semblables dans un article de Karoline Postel Vinay (2015).[16]Pour des arguments proches, cf. Douki et Minard (2007, p. 20) et Schaub (2008, p. 32).[17]Pour une analyse sur le poids des « disciplines » dans l’offre universitaire aussi bien que dans la recherche, cf. le num{\'e}ro r{\'e}cent de la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Cf. Heilbron et Gingras (2015).[18]Cf. par exemple le texte d{\'e}j{\`a} cit{\'e} de Eberhard Kienle (2014).[19]Pour une r{\'e}flexion critique sur les crit{\`e}res qui pr{\'e}sident {\`a} l’organisation en discipline, cf. Bosa (2011). Nous reprenons ici les arguments d{\'e}velopp{\'e}s contre les divisions disciplinaires par le sociologue J.-C. Passeron dans son livre sur Le raisonnement sociologique, au nom de l’unit{\'e} {\'e}pist{\'e}mologique des sciences sociales et historiques.[20]Pour une r{\'e}flexion sur l’un de ces nouveaux champs de la recherche, les disability studies, qui visent {\`a} analyser le handicap par rapport aux facteurs sociaux, culturels et politiques, cf. Albrecht et al. (2001).[21]Pour une pr{\'e}sentation de l’une de ces perspectives, cf. Heilbron et Sapiro (2002).[22]On remarquera que si ces regroupements « m{\'e}thodologiques » existent depuis longtemps dans les sciences sociales (en particulier autour de soci{\'e}t{\'e}s savantes qui produisent des publications sp{\'e}cifiques et organisent de nombreux {\'e}v{\'e}nements scientifiques), ils ne sont g{\'e}n{\'e}ralement pas pens{\'e}s dans le cadre des studies.[23]Sur ces tensions entre les « tendances {\`a} la disciplinarisation de nouveaux champs d’{\'e}tudes et leur intention revendiqu{\'e}e de s’{\'e}manciper – voire de s’affranchir – de tout ancrage disciplinaire », cf. Darbellay (2014).[24]On pensera, dans un contexte plus r{\'e}cent, aux r{\'e}flexions actuelles men{\'e}es par Ivan Jablonka (2014) sur les formes de l’{\'e}criture de l’histoire, qui impliquent, presque n{\'e}cessairement, un d{\'e}tour vers d’autres modes de savoir (et, en particulier, la litt{\'e}rature) mais touchent pourtant {\`a} des questions qui affectent le cœur m{\^e}me de la discipline.[25]On reconna{\^i}tra ici qu’il n’est pas toujours {\'e}vident d’{\'e}tablir une diff{\'e}rence claire entre les entr{\'e}es « th{\'e}matiques » et celles par les « objets ». Les {\'e}tudes de « genre », par exemple, peuvent {\^e}tre comprises comme un domaine de recherche construit autour d’un th{\`e}me (le masculin et le f{\'e}minin) ou autour d’un questionnement (la construction des in{\'e}galit{\'e}s et diff{\'e}rences sexuelles). Pour un panorama g{\'e}n{\'e}ral sur ce champ de la recherche, cf. B{\'e}r{\'e}ni et al. (2008). De m{\^e}me, tout un ensemble de studies (celles construites, par exemple, autour du handicap, du conflit, de la violence, du vieillissement, etc.) peuvent {\^e}tre pens{\'e}es comme des entr{\'e}es purement descriptives ou au contraire fortement probl{\'e}matis{\'e}es. On remarquera n{\'e}anmoins que les studies relevant d’une construction th{\'e}matique tendent g{\'e}n{\'e}ralement {\`a} {\^e}tre plus nombreuses que celles construites autour d’un probl{\`e}me.[26]Cette insistance sur la « th{\'e}orie comme questionnement » est tout {\`a} fait essentielle. Comme le disait Jean-Fran{\cc}ois Bayart (2008, p. 25), reprenant Giovanni Levi, il faut entendre par comparatisme « le partage des interrogations, et non celui des conclusions » ou, mieux encore, des « conversations entre des chercheurs, des terrains, des morceaux d’histoire ».[27]Cf. de nouveau les r{\'e}flexions de Karoline Postel Vinay (2015) dans le cadre d’un dossier organis{\'e} par le CERI.R{\'e}sum{\'e}Fran{\cc}aisCet article part d’une question tr{\`e}s simple : que penser des « aires culturelles » comme mode sp{\'e}cifique d’organisation du travail de recherche ? Pour cela, il prend appui sur la m{\'e}taphore des ressemblances familiales, propos{\'e}e par Ludwig Wittgenstein, laquelle se base sur les id{\'e}es d’entrecroisement et de chevauchement. Elle permet de remarquer qu’il n’existe – entre les travaux des diff{\'e}rents chercheurs – que des ressemblances partielles (que celles-ci soient li{\'e}es {\`a} la m{\'e}thodologie, aux objets, aux th{\`e}mes, aux terrains, etc.). En ce sens, organiser la recherche consiste {\`a} r{\'e}unir des projets et des enqu{\^e}tes qui – en d{\'e}pit de leur irr{\'e}ductible singularit{\'e} – partagent avec d’autres un certain « air de famille », mais en aucun cas une essence commune. Dans ce contexte, nous r{\'e}fl{\'e}chirons {\`a} la valeur relative des « aires culturelles » en relation avec les autres syst{\`e}mes de classement qui pr{\'e}sident {\`a} la division du travail dans les sciences sociales, que ce soit dans le mode traditionnel des disciplines ou dans celui, plus r{\'e}cent, des champs d’{\'e}tudes sp{\'e}cialis{\'e}es (studies).",
author = "Bastien Bosa",
year = "2017",
doi = "10.3917/rac.036.0455",
language = "Ingl{\'e}s",
volume = "11",
pages = "455--477",
journal = "Revue d'Anthropologie des Connaissances",
issn = "1760-5393",
publisher = "Cairn France",
number = "3",

}

TY - JOUR

T1 - DISCUSSING "AREA STUDIES" THROUGH "FAMILY RESEMBLANCES" -REFLECTIONS ON THE ORGANIZATION OF RESEARCH IN THE SOCIAL SCIENCES

T2 - Discuter des « aires culturelles » grâce aux « airs de famille »

AU - Bosa, Bastien

PY - 2017

Y1 - 2017

N2 - sociales.BibliographieAlbrecht G.L., Ravaud J.-F., Stiker H.-J. (2001). L’émergence des disability studies : état des lieux et perspectives. Sciences sociales et santé. 19 (4), 43-73.Aymes M., Ferry M., Gökşin Özkoray H. (2012). Aires culturelles et sciences sociales, ou les deux cultures : à propos du « séminaire interdisciplinaire d’études turques ». Lettre de l’EHESS, 55, octobre.Bayart J.-F. (2008). Comparer par le bas. Sociétés politiques comparées, 1-25.Bayart J.-F. (2016). « Dessine-moi un MENA ! », ou l’impossible définition des « aires culturelles ». Sociétés politiques comparées, 38, 2-28.Bereni L., Chauvin S., Jaunait A., Revillard A. (2008). Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre. Bruxelles : De Boeck.Bosa B. (2011). Las paradojas de la interdisciplinaridad: Annales, entre la Historia y las Ciencias Sociales. Historia crítica, 5, 160-183.Bosa B. (2015). C’est de famille ! L’apport de Wittgenstein au travail conceptuel dans les sciences sociales. Sociologie, 1 (6), 61-80.Darbellay F. (2014). Où vont les studies ? Interdisciplinarité, transformation disciplinaire et pensée dialogique. Questions de communication, 1 (25), 173-186.de Gantès G. (2003) De l’histoire coloniale à l’étude des aires culturelles : la disparition d’une spécialité du champ universitaire français. Outre-mers, 90 (338-339), 7-20.Douki C., Minard P. (2007). Histoire globale, histoires connectées : un changement d’échelle historiographique ? Introduction. Revue d’histoire moderne et contemporaine, 54 (4bis), 7-21.Heilbron J., Gingras Y. (2015). La résilience des disciplines. Actes de la recherche en sciences sociales, (210), 4-9.Heilbron J., Sapiro G. (2002). La traduction littéraire, un objet sociologique. Actes de la recherche en sciences sociales, 144, 3-5.Jablonka I. (2014). L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales. Paris : Seuil.Kienle E. (2014) « Aires culturelles » : travers et potentiels, Revue internationale de politique comparée, 2 (21), 49-59.Lombard D. (1996). De la vertu des « aires culturelles », in J. Revel, N. Wachtel (dir.), Une École pour les sciences sociales. De la VIe Section à l’École des hautes études en sciences sociales, Paris : Éditions du Cerf / Éditions EHESS, 115-125.Longuenesse E., Siino F. (2005). Aires culturelles et pluridisciplinarité : quel enjeu pour les sciences sociales ? Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 105-106 | janvier 2005, mis en ligne le 12 janvier 2012, consulté le 15 juin 2016. URL : http://remmm.revues.org/2337.Passeron J.-C. (1991). Le raisonnement sociologique : l’espace non poppérien du raisonnement naturel. Paris : Nathan.Popa I. (2015). Aires culturelles et recompositions (inter)disciplinaires. La 6e section de l’EPHE et les études sur l’espace russe, soviétique et est-européen. Actes de la recherche en sciences sociales, 210, 60-81.Postel Vinay K. (2015). Sciences sociales « universelles » contre aires culturelles « idiosyncratiques » ? Anciennes questions, nouveaux problèmes. Les Dossiers du CERI.Read P. (1998). The return of the stolen generation, Journal of Australian Studies, 59, 8-19.Schaub J.-F. (2008). La catégorie « études coloniales » est-elle indispensable ? Annales. Histoire, Sciences Sociales, 3/63, 625-646.Weber F. (2012). De l’ethnologie de la France à l’ethnographie réflexive, Genèses, 4(89), 44-60.Wittgenstein L. (1961 [1953]). Les Investigations philosophiques. Paris : Gallimard.Wittgenstein L. (1965). Le Cahier bleu et le cahier brun. Paris : Gallimard.Zanton D.L. (ed.) (2004) The Politics of knowledge. Area studies and the disciplines, Berkeley-Los Angeles: University of California Press.Notes[1]L’importance des « aires culturelles » à l’EHESS apparaît de façon évidente dans le fait qu’une grande partie des unités de recherche et laboratoires y sont organisées selon ce principe (Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques ; Chine, Corée, Japon ; Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre européen ; Centre de recherche et de documentation sur l’Océanie ; Centre Asie du Sud-Est ; Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud ; Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale ; Institut des mondes africains ; Mondes américains). De même, il est significatif que, lorsque l’on veut consulter les enseignements et séminaires impartis à l’EHESS, l’un des principaux modes de recherche est celui des « aires culturelles ». Pour une défense des « aires culturelles » à l’EHESS, cf. Denys Lombart (1996).[2]Le Laboratoire de sciences sociales prétendait également, dans une certaine mesure, s’affranchir des logiques disciplinaires, mais ce n’est pas le lieu de discuter ici cette question. Pour une réflexion partielle et « native » sur l’histoire de cette institution, cf. Weber (2012).[3]Cela signifie que la labellisation (ou non) « aire culturelle » d’une recherche donnée dépend moins du contenu lui-même de cette recherche que de considérations institutionnelles diverses (en particulier de la distance entre l’institution et le terrain). Ainsi, une même enquête menée sur un terrain français sera vraisemblablement classée au sein des French studies si elle est réalisée depuis une université nord-américaine et dans un département disciplinaire (histoire, sociologie, sciences politiques, etc.) si elle est conduite depuis une université française.[4]Il est évident, néanmoins, que les chercheurs colombiens qui présentent leurs enquêtes hors de leur pays – dans les principaux centres de recherche en Europe ou aux États-Unis – tendent à être « rattrapés » par la logique des « aires culturelles » (en particulier par les Latin American studies, dans le contexte nord-américain).[5]De façon intéressante, l’article de l’encyclopédie Wikipédia consacré aux « aera studies » existe dans une dizaine de langues (dont l’espagnol et l’allemand), mais pas en français. Pour une réflexion sur l’histoire des area studies dans le contexte étatsunien, cf. Zanton (2004).[6]Ce n’est pas le lieu d’en discuter ici. Pour une réflexion détaillée sur cette question, ainsi que pour une présentation précise des modes de classification basés sur les « airs de famille », cf. Bosa (2015).[7]L’idée d’un classement qui puisse rendre compte des recherches d’une façon absolument « juste » n’est pas sans nous rappeler l’ambition paradoxale de pouvoir dessiner une carte à l’échelle 1:1. À vouloir entrer dans un trop grand niveau de détail, on risque de s’interdire d’inscrire les enquêtes dans une « famille » plus large.[8]Certains chercheurs suggèrent d’ailleurs que l’appellation « aires culturelles » pourrait être remplacée par celle d’« aires régionales », dans la mesure où la première catégorie – d’inspiration braudélienne – semble présupposer l’existence, au sein des régions concernées, d’une « homogénéité culturelle » pourtant bien contestable (en particulier, mais pas seulement, du fait des phénomènes de globalisation, des mouvements transnationaux et des circulations diverses). De manière générale, certains auteurs ont insisté sur la genèse « coloniale » de la logique des « aires culturelles » (cf. de Gantès, 2003).[9]Dans un article récent, Jean-François Bayart (2016) avance des arguments très similaires à ceux que nous essayons de défendre ici. Son texte ne pourrait pas commencer de façon plus claire : « Les sciences sociales sont directement concernées par la question de l’(in)utilité de diviser le monde en ensembles régionaux afin de le mieux étudier, et des meilleurs critères pour ce faire. »[10]On remarquera ainsi que les chercheurs qui se méfient de la logique des aires culturelles pointent régulièrement le manque de rigueur qui les caractériserait, aussi bien du point de vue théorique que méthodologique. « De nombreux travaux dits interdisciplinaires produits sous la grande tente des “aires culturelles” – écrit par exemple Eberhard Kienle (2014) – sont peu informés des disciplines qu’ils prétendent faire dialoguer. » Pour une défense face à ce type d’accusations, cf. par exemple Longuenesse et Siino (2005).[11]Cf. Bosa (2010).[12]Sur les générations volées en Australie, cf. Read (1998).[13]Pour un travail extrêmement détaillé des études sur les aires culturelles à la 6e section de l’EPHE (en particulier celles portant sur l’espace russe, soviétique et est-européen) en relation avec les logiques disciplinaires, cf. Popa (2015).[14]Pour une critique similaire des « présupposés culturalistes ou culturocentrés fort douteux » sur lesquels se base souvent la production des savoirs par « aires culturelles », cf. le texte déjà cité de Eberhard Kienle (2014).[15]Cette vision est celle que semblent défendre les membres du séminaire interdisciplinaire d’études turques animé à l’EHESS (cf. Aymes et al., 2012). On trouvera des réflexions semblables dans un article de Karoline Postel Vinay (2015).[16]Pour des arguments proches, cf. Douki et Minard (2007, p. 20) et Schaub (2008, p. 32).[17]Pour une analyse sur le poids des « disciplines » dans l’offre universitaire aussi bien que dans la recherche, cf. le numéro récent de la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Cf. Heilbron et Gingras (2015).[18]Cf. par exemple le texte déjà cité de Eberhard Kienle (2014).[19]Pour une réflexion critique sur les critères qui président à l’organisation en discipline, cf. Bosa (2011). Nous reprenons ici les arguments développés contre les divisions disciplinaires par le sociologue J.-C. Passeron dans son livre sur Le raisonnement sociologique, au nom de l’unité épistémologique des sciences sociales et historiques.[20]Pour une réflexion sur l’un de ces nouveaux champs de la recherche, les disability studies, qui visent à analyser le handicap par rapport aux facteurs sociaux, culturels et politiques, cf. Albrecht et al. (2001).[21]Pour une présentation de l’une de ces perspectives, cf. Heilbron et Sapiro (2002).[22]On remarquera que si ces regroupements « méthodologiques » existent depuis longtemps dans les sciences sociales (en particulier autour de sociétés savantes qui produisent des publications spécifiques et organisent de nombreux événements scientifiques), ils ne sont généralement pas pensés dans le cadre des studies.[23]Sur ces tensions entre les « tendances à la disciplinarisation de nouveaux champs d’études et leur intention revendiquée de s’émanciper – voire de s’affranchir – de tout ancrage disciplinaire », cf. Darbellay (2014).[24]On pensera, dans un contexte plus récent, aux réflexions actuelles menées par Ivan Jablonka (2014) sur les formes de l’écriture de l’histoire, qui impliquent, presque nécessairement, un détour vers d’autres modes de savoir (et, en particulier, la littérature) mais touchent pourtant à des questions qui affectent le cœur même de la discipline.[25]On reconnaîtra ici qu’il n’est pas toujours évident d’établir une différence claire entre les entrées « thématiques » et celles par les « objets ». Les études de « genre », par exemple, peuvent être comprises comme un domaine de recherche construit autour d’un thème (le masculin et le féminin) ou autour d’un questionnement (la construction des inégalités et différences sexuelles). Pour un panorama général sur ce champ de la recherche, cf. Béréni et al. (2008). De même, tout un ensemble de studies (celles construites, par exemple, autour du handicap, du conflit, de la violence, du vieillissement, etc.) peuvent être pensées comme des entrées purement descriptives ou au contraire fortement problématisées. On remarquera néanmoins que les studies relevant d’une construction thématique tendent généralement à être plus nombreuses que celles construites autour d’un problème.[26]Cette insistance sur la « théorie comme questionnement » est tout à fait essentielle. Comme le disait Jean-François Bayart (2008, p. 25), reprenant Giovanni Levi, il faut entendre par comparatisme « le partage des interrogations, et non celui des conclusions » ou, mieux encore, des « conversations entre des chercheurs, des terrains, des morceaux d’histoire ».[27]Cf. de nouveau les réflexions de Karoline Postel Vinay (2015) dans le cadre d’un dossier organisé par le CERI.RésuméFrançaisCet article part d’une question très simple : que penser des « aires culturelles » comme mode spécifique d’organisation du travail de recherche ? Pour cela, il prend appui sur la métaphore des ressemblances familiales, proposée par Ludwig Wittgenstein, laquelle se base sur les idées d’entrecroisement et de chevauchement. Elle permet de remarquer qu’il n’existe – entre les travaux des différents chercheurs – que des ressemblances partielles (que celles-ci soient liées à la méthodologie, aux objets, aux thèmes, aux terrains, etc.). En ce sens, organiser la recherche consiste à réunir des projets et des enquêtes qui – en dépit de leur irréductible singularité – partagent avec d’autres un certain « air de famille », mais en aucun cas une essence commune. Dans ce contexte, nous réfléchirons à la valeur relative des « aires culturelles » en relation avec les autres systèmes de classement qui président à la division du travail dans les sciences sociales, que ce soit dans le mode traditionnel des disciplines ou dans celui, plus récent, des champs d’études spécialisées (studies).

AB - sociales.BibliographieAlbrecht G.L., Ravaud J.-F., Stiker H.-J. (2001). L’émergence des disability studies : état des lieux et perspectives. Sciences sociales et santé. 19 (4), 43-73.Aymes M., Ferry M., Gökşin Özkoray H. (2012). Aires culturelles et sciences sociales, ou les deux cultures : à propos du « séminaire interdisciplinaire d’études turques ». Lettre de l’EHESS, 55, octobre.Bayart J.-F. (2008). Comparer par le bas. Sociétés politiques comparées, 1-25.Bayart J.-F. (2016). « Dessine-moi un MENA ! », ou l’impossible définition des « aires culturelles ». Sociétés politiques comparées, 38, 2-28.Bereni L., Chauvin S., Jaunait A., Revillard A. (2008). Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre. Bruxelles : De Boeck.Bosa B. (2011). Las paradojas de la interdisciplinaridad: Annales, entre la Historia y las Ciencias Sociales. Historia crítica, 5, 160-183.Bosa B. (2015). C’est de famille ! L’apport de Wittgenstein au travail conceptuel dans les sciences sociales. Sociologie, 1 (6), 61-80.Darbellay F. (2014). Où vont les studies ? Interdisciplinarité, transformation disciplinaire et pensée dialogique. Questions de communication, 1 (25), 173-186.de Gantès G. (2003) De l’histoire coloniale à l’étude des aires culturelles : la disparition d’une spécialité du champ universitaire français. Outre-mers, 90 (338-339), 7-20.Douki C., Minard P. (2007). Histoire globale, histoires connectées : un changement d’échelle historiographique ? Introduction. Revue d’histoire moderne et contemporaine, 54 (4bis), 7-21.Heilbron J., Gingras Y. (2015). La résilience des disciplines. Actes de la recherche en sciences sociales, (210), 4-9.Heilbron J., Sapiro G. (2002). La traduction littéraire, un objet sociologique. Actes de la recherche en sciences sociales, 144, 3-5.Jablonka I. (2014). L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales. Paris : Seuil.Kienle E. (2014) « Aires culturelles » : travers et potentiels, Revue internationale de politique comparée, 2 (21), 49-59.Lombard D. (1996). De la vertu des « aires culturelles », in J. Revel, N. Wachtel (dir.), Une École pour les sciences sociales. De la VIe Section à l’École des hautes études en sciences sociales, Paris : Éditions du Cerf / Éditions EHESS, 115-125.Longuenesse E., Siino F. (2005). Aires culturelles et pluridisciplinarité : quel enjeu pour les sciences sociales ? Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 105-106 | janvier 2005, mis en ligne le 12 janvier 2012, consulté le 15 juin 2016. URL : http://remmm.revues.org/2337.Passeron J.-C. (1991). Le raisonnement sociologique : l’espace non poppérien du raisonnement naturel. Paris : Nathan.Popa I. (2015). Aires culturelles et recompositions (inter)disciplinaires. La 6e section de l’EPHE et les études sur l’espace russe, soviétique et est-européen. Actes de la recherche en sciences sociales, 210, 60-81.Postel Vinay K. (2015). Sciences sociales « universelles » contre aires culturelles « idiosyncratiques » ? Anciennes questions, nouveaux problèmes. Les Dossiers du CERI.Read P. (1998). The return of the stolen generation, Journal of Australian Studies, 59, 8-19.Schaub J.-F. (2008). La catégorie « études coloniales » est-elle indispensable ? Annales. Histoire, Sciences Sociales, 3/63, 625-646.Weber F. (2012). De l’ethnologie de la France à l’ethnographie réflexive, Genèses, 4(89), 44-60.Wittgenstein L. (1961 [1953]). Les Investigations philosophiques. Paris : Gallimard.Wittgenstein L. (1965). Le Cahier bleu et le cahier brun. Paris : Gallimard.Zanton D.L. (ed.) (2004) The Politics of knowledge. Area studies and the disciplines, Berkeley-Los Angeles: University of California Press.Notes[1]L’importance des « aires culturelles » à l’EHESS apparaît de façon évidente dans le fait qu’une grande partie des unités de recherche et laboratoires y sont organisées selon ce principe (Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques ; Chine, Corée, Japon ; Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre européen ; Centre de recherche et de documentation sur l’Océanie ; Centre Asie du Sud-Est ; Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud ; Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale ; Institut des mondes africains ; Mondes américains). De même, il est significatif que, lorsque l’on veut consulter les enseignements et séminaires impartis à l’EHESS, l’un des principaux modes de recherche est celui des « aires culturelles ». Pour une défense des « aires culturelles » à l’EHESS, cf. Denys Lombart (1996).[2]Le Laboratoire de sciences sociales prétendait également, dans une certaine mesure, s’affranchir des logiques disciplinaires, mais ce n’est pas le lieu de discuter ici cette question. Pour une réflexion partielle et « native » sur l’histoire de cette institution, cf. Weber (2012).[3]Cela signifie que la labellisation (ou non) « aire culturelle » d’une recherche donnée dépend moins du contenu lui-même de cette recherche que de considérations institutionnelles diverses (en particulier de la distance entre l’institution et le terrain). Ainsi, une même enquête menée sur un terrain français sera vraisemblablement classée au sein des French studies si elle est réalisée depuis une université nord-américaine et dans un département disciplinaire (histoire, sociologie, sciences politiques, etc.) si elle est conduite depuis une université française.[4]Il est évident, néanmoins, que les chercheurs colombiens qui présentent leurs enquêtes hors de leur pays – dans les principaux centres de recherche en Europe ou aux États-Unis – tendent à être « rattrapés » par la logique des « aires culturelles » (en particulier par les Latin American studies, dans le contexte nord-américain).[5]De façon intéressante, l’article de l’encyclopédie Wikipédia consacré aux « aera studies » existe dans une dizaine de langues (dont l’espagnol et l’allemand), mais pas en français. Pour une réflexion sur l’histoire des area studies dans le contexte étatsunien, cf. Zanton (2004).[6]Ce n’est pas le lieu d’en discuter ici. Pour une réflexion détaillée sur cette question, ainsi que pour une présentation précise des modes de classification basés sur les « airs de famille », cf. Bosa (2015).[7]L’idée d’un classement qui puisse rendre compte des recherches d’une façon absolument « juste » n’est pas sans nous rappeler l’ambition paradoxale de pouvoir dessiner une carte à l’échelle 1:1. À vouloir entrer dans un trop grand niveau de détail, on risque de s’interdire d’inscrire les enquêtes dans une « famille » plus large.[8]Certains chercheurs suggèrent d’ailleurs que l’appellation « aires culturelles » pourrait être remplacée par celle d’« aires régionales », dans la mesure où la première catégorie – d’inspiration braudélienne – semble présupposer l’existence, au sein des régions concernées, d’une « homogénéité culturelle » pourtant bien contestable (en particulier, mais pas seulement, du fait des phénomènes de globalisation, des mouvements transnationaux et des circulations diverses). De manière générale, certains auteurs ont insisté sur la genèse « coloniale » de la logique des « aires culturelles » (cf. de Gantès, 2003).[9]Dans un article récent, Jean-François Bayart (2016) avance des arguments très similaires à ceux que nous essayons de défendre ici. Son texte ne pourrait pas commencer de façon plus claire : « Les sciences sociales sont directement concernées par la question de l’(in)utilité de diviser le monde en ensembles régionaux afin de le mieux étudier, et des meilleurs critères pour ce faire. »[10]On remarquera ainsi que les chercheurs qui se méfient de la logique des aires culturelles pointent régulièrement le manque de rigueur qui les caractériserait, aussi bien du point de vue théorique que méthodologique. « De nombreux travaux dits interdisciplinaires produits sous la grande tente des “aires culturelles” – écrit par exemple Eberhard Kienle (2014) – sont peu informés des disciplines qu’ils prétendent faire dialoguer. » Pour une défense face à ce type d’accusations, cf. par exemple Longuenesse et Siino (2005).[11]Cf. Bosa (2010).[12]Sur les générations volées en Australie, cf. Read (1998).[13]Pour un travail extrêmement détaillé des études sur les aires culturelles à la 6e section de l’EPHE (en particulier celles portant sur l’espace russe, soviétique et est-européen) en relation avec les logiques disciplinaires, cf. Popa (2015).[14]Pour une critique similaire des « présupposés culturalistes ou culturocentrés fort douteux » sur lesquels se base souvent la production des savoirs par « aires culturelles », cf. le texte déjà cité de Eberhard Kienle (2014).[15]Cette vision est celle que semblent défendre les membres du séminaire interdisciplinaire d’études turques animé à l’EHESS (cf. Aymes et al., 2012). On trouvera des réflexions semblables dans un article de Karoline Postel Vinay (2015).[16]Pour des arguments proches, cf. Douki et Minard (2007, p. 20) et Schaub (2008, p. 32).[17]Pour une analyse sur le poids des « disciplines » dans l’offre universitaire aussi bien que dans la recherche, cf. le numéro récent de la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Cf. Heilbron et Gingras (2015).[18]Cf. par exemple le texte déjà cité de Eberhard Kienle (2014).[19]Pour une réflexion critique sur les critères qui président à l’organisation en discipline, cf. Bosa (2011). Nous reprenons ici les arguments développés contre les divisions disciplinaires par le sociologue J.-C. Passeron dans son livre sur Le raisonnement sociologique, au nom de l’unité épistémologique des sciences sociales et historiques.[20]Pour une réflexion sur l’un de ces nouveaux champs de la recherche, les disability studies, qui visent à analyser le handicap par rapport aux facteurs sociaux, culturels et politiques, cf. Albrecht et al. (2001).[21]Pour une présentation de l’une de ces perspectives, cf. Heilbron et Sapiro (2002).[22]On remarquera que si ces regroupements « méthodologiques » existent depuis longtemps dans les sciences sociales (en particulier autour de sociétés savantes qui produisent des publications spécifiques et organisent de nombreux événements scientifiques), ils ne sont généralement pas pensés dans le cadre des studies.[23]Sur ces tensions entre les « tendances à la disciplinarisation de nouveaux champs d’études et leur intention revendiquée de s’émanciper – voire de s’affranchir – de tout ancrage disciplinaire », cf. Darbellay (2014).[24]On pensera, dans un contexte plus récent, aux réflexions actuelles menées par Ivan Jablonka (2014) sur les formes de l’écriture de l’histoire, qui impliquent, presque nécessairement, un détour vers d’autres modes de savoir (et, en particulier, la littérature) mais touchent pourtant à des questions qui affectent le cœur même de la discipline.[25]On reconnaîtra ici qu’il n’est pas toujours évident d’établir une différence claire entre les entrées « thématiques » et celles par les « objets ». Les études de « genre », par exemple, peuvent être comprises comme un domaine de recherche construit autour d’un thème (le masculin et le féminin) ou autour d’un questionnement (la construction des inégalités et différences sexuelles). Pour un panorama général sur ce champ de la recherche, cf. Béréni et al. (2008). De même, tout un ensemble de studies (celles construites, par exemple, autour du handicap, du conflit, de la violence, du vieillissement, etc.) peuvent être pensées comme des entrées purement descriptives ou au contraire fortement problématisées. On remarquera néanmoins que les studies relevant d’une construction thématique tendent généralement à être plus nombreuses que celles construites autour d’un problème.[26]Cette insistance sur la « théorie comme questionnement » est tout à fait essentielle. Comme le disait Jean-François Bayart (2008, p. 25), reprenant Giovanni Levi, il faut entendre par comparatisme « le partage des interrogations, et non celui des conclusions » ou, mieux encore, des « conversations entre des chercheurs, des terrains, des morceaux d’histoire ».[27]Cf. de nouveau les réflexions de Karoline Postel Vinay (2015) dans le cadre d’un dossier organisé par le CERI.RésuméFrançaisCet article part d’une question très simple : que penser des « aires culturelles » comme mode spécifique d’organisation du travail de recherche ? Pour cela, il prend appui sur la métaphore des ressemblances familiales, proposée par Ludwig Wittgenstein, laquelle se base sur les idées d’entrecroisement et de chevauchement. Elle permet de remarquer qu’il n’existe – entre les travaux des différents chercheurs – que des ressemblances partielles (que celles-ci soient liées à la méthodologie, aux objets, aux thèmes, aux terrains, etc.). En ce sens, organiser la recherche consiste à réunir des projets et des enquêtes qui – en dépit de leur irréductible singularité – partagent avec d’autres un certain « air de famille », mais en aucun cas une essence commune. Dans ce contexte, nous réfléchirons à la valeur relative des « aires culturelles » en relation avec les autres systèmes de classement qui président à la division du travail dans les sciences sociales, que ce soit dans le mode traditionnel des disciplines ou dans celui, plus récent, des champs d’études spécialisées (studies).

U2 - 10.3917/rac.036.0455

DO - 10.3917/rac.036.0455

M3 - Artículo

VL - 11

SP - 455

EP - 477

JO - Revue d'Anthropologie des Connaissances

JF - Revue d'Anthropologie des Connaissances

SN - 1760-5393

IS - 3

ER -